Article Les Echos Cloud computing: quand les entreprises se branchent au "nuage"

Les directions des entreprises n’hésitent plus à confier leur informatique au cloud, un ensemble diffus et partagé de logiciels et de réseaux. Les éditeurs spécialisés se sont adaptés à la taille et aux impératifs de sécurité de leurs clients. Chaque mois, la rubrique "Solutions" d'Enjeux Les Echos.

Pourquoi se brancher sur le nuage ?

Gregor Petri en est persuadé : 2014 est l’année du cloud. Ce directeur de recherche au cabinet américain Gartner prévoit cette une croissance mondiale de 18%, à 113 milliards d’euros, contre 2% seulement pour l’ensemble du marché des technologies de l’information. La raison de ce succès ? Le cloud computing propose de confier au réseau la gestion des serveurs et data centers (Infrastructure as a Service, IaaS), des plates-formes de développement logiciel (Platform as a service, PaaS) ou des applications logicielles (Software as a service, SaaS), qui se trouvent ainsi mutualisées entre plusieurs utilisateurs. Le tout à la demande et en temps réel, d’où la possibilité de transformer les frais fixes en coûts variables. Malgré ces atouts, les entreprises ont longtemps traîné des pieds. A la différence des particuliers qui, depuis des années, pratiquent l’exercice sans le savoir pour leur messagerie, leurs photos et les applications pour smartphones. Mais les entreprises rattrapent désormais leur retard. « Le cloud croît chez nous deux fois plus vite que les activités traditionnelles (Web, serveurs), qui, pourtant, progressent de 30 à 40% par an », assure Alexandre Morel, directeur commercial et marketing d’OVH, spécialiste de l’hébergement informatique. « Avec le cloud, il ne s’agit pas seulement de courir plus vite mais surtout d’apprendre à courir autrement », remarque Hervé Coureil, directeur général des systèmes d’information de Schneider Electric.

Une nouvelle clientèle

Que l’entreprise soit en croissance ou en perte de vitesse, le cloud lui permet d’ajuster en quelques minutes le dimensionnement de ses infrastructures informatiques et de ses licences logicielles. « Du coup, presque toutes les start-up s’équipent d’emblée dans le cloud », affirme Juliette Macret, directrice cloud d’IBM France. Principal argument : nul besoin d’installer des logiciels phy-si-quement sur chaque poste de travail et surtout de gérer des serveurs en interne. L’accès à des progiciels lourds devient aussi possible. « Avec nos offres cloud, nous touchons une nouvelle clientèle, comme les architectes et les TPE, pour qui l’achat de nos solutions traditionnelles était trop cher », confirme Pascal Daloz directeur général adjoint de Dassault Systèmes, éditeur de logiciels 3D. Autre atout : « Les applications cloud sont prépackagées, ce qui réduit de beaucoup le coût d’adaptation (10% de notre budget total) », souligne Alain Colle, directeur commercial de Cofely Services, une filiale de GDF Suez spécialisée dans l’efficacité énergétique, qui a récemment adopté l’outil cloud de gestion de la relation client de Salesforce.

Cohésion interne renforcée

Le cloud simplifie également la gestion de la mobilité : « Accéder aux applications de l’entreprise depuis le Vietnam ou la Chine est plus simple que de se connecter à son réseau privé », assure Alexandre Sirc, directeur exécutif de Valero, une PME spécialisée dans l’import de vannerie et la fabrication de mobilier pour hôtels-restaurants, et qui a récemment transféré son informatique dans le cloud d’Orange. « Avec ces solutions, l’entreprise collabore facilement avec des partenaires extérieurs sur un projet commun », renchérit Pascal Daloz. Il suffit de leur fournir un droit d’accès temporaire aux applications souhaitées. Et la cohésion interne s’en trouve renforcée. « Commerciaux, ingénieurs, techniciens, poseurs… tous travaillent sur la même version des projets », témoigne Alexandre Sirc. « L’utilisateur dispose de la dernière version du projet sur lequel il travaille sur le terminal de son choix : PC, smartphone, tablette… C’est indispensable aux commerciaux et le cloud mobile est très apprécié des jeunes générations », souligne Céline Forest, responsable de projets chez Cofely Services.

Il favorise l'innovation

Enfin, le cloud permet de tester des logiciels avant de s’engager. « Nous avons lancé de façon virale auprès d’environ 2 000 personnes des applications de travail collaboratif avant de les généraliser, témoigne Hervé Coureil (Schneider Electric). Le cloud permet aux directions des systèmes d’information (DSI) de se concentrer davantage sur les besoins et le confort des utilisateurs. Et moins sur les finesses techniques. » De quoi réconcilier les uns et les autres ? Mais le nuage n’a pas que des aspects pratiques. « Il favorise l’innovation, alors que le nombre de données disponibles explose », estime Juliette Macret. Impossible aujourd’hui, par exemple, d’instrumenter les ceintures de sécurité à l’aide de capteurs, pour surveiller le rythme cardiaque – et donc l’endormissement – du conducteur sans y associer un service d’alerte en ligne. Un service qui, probablement, se trouvera dans le cloud.

Le témoignage

« Tout ! » Stéphane Clément, PDG de Proservia, ne chipote pas : il a fait passer presque toute son informatique dans le nuage. Ses raisons ? En premier lieu, la croissance de son entreprise de services du numérique. « Depuis notre rachat par Manpower en 2011, nous avons doublé notre chiffre d’affaires (80 millions d’euros). Nos effectifs sont passés de 850 à 1 350 salariés », explique-t-il. A ce rythme, qu’il entend bien soutenir, « redimensionner en permanence nos data centers aurait été trop contraignant ». En revanche, « l’intégration de nouvelles sociétés s’opère sans douleur grâce au cloud », assure le PDG. En pratique, l’informatique de Proservia se retrouve hébergée dans trois nuages différents. Tout d’abord chez l’américain Salesforce puisque, depuis trois ans, les 28 commerciaux manient quotidiennement ses applications de gestion de la relation client. Puis chez un autre américain, ServiceNow, que Proservia utilise pour réaliser l’infogérance de ses clients ou développer leurs projets. En revanche, c’est en France que l’entreprise a transféré toute son informatique interne. Depuis 2012, Proservia recourt ainsi aux infrastructures cloud d’Orange Business Services. La migration s’est déroulée en plusieurs étapes : d’abord les serveurs, puis la messagerie et la bureautique et enfin l’ERP (progiciel de gestion). Seule exception : les données confidentielles et les projets les plus sensibles restent hébergés dans les serveurs internes.

250 000 euros

Autre avantage, le cloud se révèle plus facile d’utilisation que les réseaux privés virtuels traditionnels. Une connexion Internet suffit pour accéder aux applications de cette entreprise présente sur 16 sites en France et dont de nombreux salariés travaillent chez les clients. « Enfin, nous utilisons toujours la dernière version des applications. C’est important car notre fonctionnement fait office de vitrine pour nos clients », enchaîne Stéphane Clément. La facture – 250 000 euros par an – est un peu salée. « Mais nous avons augmenté notre capacité de stockage et amélioré la qualité de service qui, contractuellement, atteint au moins 99,8% », justifie Stéphane Clément. Les prix baissant chaque année, le PDG espère aussi augmenter le nombre d’utilisateurs à budget constant.

TROUVER CLOUD A SON PIED ?

Privé, public ou hybride… les entreprises peuvent combiner à l’envi les réseaux. A condition, toutefois, de bien préparer leurs collaborateurs et de les accompagner. Car c’est le royaume des acronymes en « aaS », autrement dit, de l’informatique as a Service, payée à l’usage, à la demande et sans aucun coût d’investissement. Pour faire simple, soit l’entreprise choisit une application en ligne au lieu de l’installer sur la machine de chaque utilisateur – dans ce cas elle opte alors pour le SaaS, (Software as a Service) et « loue » le logiciel aussi longtemps qu’elle le souhaite –, soit elle transfère son infrastructure informatique vers des serveurs virtualisés hébergés chez un fournisseur en mode IaaS (Infrastructure as a Service). Elle acquitte alors un loyer pour l’utilisation de ces capacités informatiques, mais continue d’acheter les licences des applications qu’elle utilise. Si elle développe de gros projets informatiques ou des sites Web, elle recourt alors au PaaS (Platform as a Service) qui offre tout un environnement : système d’exploitation, bases de données, environnement de développement, serveurs d’application…

Sécuriser les accès

Dans les faits, « le SaaS est bien souvent- la porte d’entrée des entreprises dans le cloud », estime Jérôme Martin, associé de BearingPoint en charge du conseil aux directions des systèmes d’information (DSI). « Notre première incursion a été l’adoption des outils CRM (relation clients) de Salesforce pour environ 20 000 commer-ciaux », renchérit Hervé Coureil, directeur général des systèmes d’information de Schneider Electric. Gros inconvénient : l’entreprise ne choisit pas la localisation de ses données, dictée par l’éditeur de l’application. Or, depuis le Patriot Act de 2008, les Etats-Unis peuvent consulter les données stockées sur leur territoire même par des entreprises étrangères… « Les données vraiment sensibles qui doivent être gardées “en coffre-fort” sont très minoritaires », relativise Stéphane Clément chez Proservia. « De toute façon, le cloud change l’équation de la sécurité informatique, précise Hervé Coureil, de Schneider. Il ne s’agit plus de sécuriser les réseaux mais les accès. Quant à nos hébergeurs, nous exigeons des certifications sécurité et procédons nous-mêmes à des audits. » Avec le IaaS, l’entreprise bascule son architecture informatique dans le nuage. Telle est l’option prise par Proservia ou Valero et par Schneider Electric pour une partie de son informatique. Avantage : l’entreprise choisit la localisation de ses données. Avec Orange ou IBM France, elle saura que les data centers se trouvent dans l’Hexagone. Avec OVH, ce sera la France ou le Canada. Tandis que Amazon Web Services, l’un des plus célèbres fournisseurs de cloud public, est présent sur plusieurs continents.

Cloud privé pour entreprises sensibles

Mais le mode IaaS peut être plus ou moins privatif. Dans le cloud dit public, l’entreprise partage des serveurs virtualisés avec des centaines de milliers, voire des millions, d’utilisateurs. Beaucoup préfèrent donc les clouds privés virtuels. Les serveurs sont alors mutualisés entre quelques milliers de clients. La localisation des données est garantie et la sécurité accrue. C’est le cas par exemple pour Proservia. Les entreprises plus frileuses optent pour les cloud privés dédiés. Ces nuages peuvent être localisés dans l’entreprise elle-même. Schneider Electric a ainsi installé des logiciels de virtualisation sur une partie de ses serveurs afin d’optimiser leur utilisation, tout en gardant la main sur ses infrastructures. Ce qui n’empêche pas d’en confier la gestion à un fournisseur externe. « Chez nous, les machines virtuelles sont déployées sur des machines physiques précisément identifiées et dédiées au client pendant la durée de l’usage, pour en tirer le maximum de performances sans perturbation, explique Alexandre Morel, d’OVH. Outre la sécurité, cela permet d’atteindre une qualité de service qui se rapproche des 100%, plus difficile aujourd’hui à obtenir avec le cloud public. »

L'hybride, une solution

Ces offres sont de plus longue durée, au mois plutôt qu’à la minute, mais le surcoût par rapport au cloud public reste en général limité. En cas de débordement de trafic (périodes de soldes pour l’e-commerce, gros projets dans l’industrie…), rien n’interdit de compléter ce cloud privé par un cloud public de type Amazon. On parle alors de cloud hybride. « C’est exactement notre cas », sourit Hervé Coureil. De fait, le cloud privé est en plein essor. « Selon IDC, sa croissance annuelle est de 28% pour la période 2013-17 », constate Philippe Laplane, directeur d’Orange Cloud for Business. « Cependant, le IaaS, notamment public, reste marginal dans les grandes structures. D’autant que certains secteurs (banque, énergie, santé…) sont réglementés, ce qui les contraint à privilégier une gestion interne de leurs données », tempère Jérôme Martin (BearingPoint). Autre limitation : « Il est difficile de migrer dans le cloud certaines applications métier. Comme celles de la R&D, par exemple. Car elles sont extrêmement lourdes et nécessitent beaucoup d’intégration », renchérit Hervé Coureil.

De l'importance de la formation

Le passage au cloud suppose également de mettre en place un véritable accompagnement au changement. « L’outil de Salesforce ne pose pas de problèmes d’utilisation à nos 900 collaborateurs, remarque Alain Colle, de Cofely Services. Mais il change leur façon de travailler puisque toutes les informations clients sont désormais accessibles et utilisables par plusieurs services. Et non plus, comme auparavant, disponibles uniquement en silo. » Chaque collaborateur a donc bénéficié d’une formation d’une journée et des indicateurs de suivi ont été mis en place pour analyser l’appropriation de l’outil. « Le cloud nécessite de resserrer le dialogue entre la DSI et les directions métiers qui peuvent être tentées d’adopter des outils par elles-mêmes », souligne Jérôme Martin. Dernier point : si le cloud débarrasse l’entreprise de ses serveurs, « il devient critique de s’intéresser aux réseaux et aux connexions Internet », rappelle Hervé Coureil. A moins de disposer d’excellentes liaisons, l’informatique risque de patiner ! 

 

Qui fait quoi ?

Les fournisseurs d’infrastructures cloud : Ils gèrent des data centers équipés de serveurs virtualisés mis à disposition des entreprises qui optent pour le IaaS, des éditeurs d’applications SaaS et des places de marché. Citons, par exemple Amazon Web Services, Cloudwatt, Google, Numergy, Orange Business Services, OVH…
Les éditeurs de logiciels et de plates-formes de développement : Ils proposent leurs applications en ligne et non plus par vente de licences par abonnement. L’américain Salesforce a été un pionnier avec ses solutions de CRM (relation clients). Mais la variété des applications est désormais immense, englobant des logiciels « lourds » comme les ERP (progiciels de gestion) ou les usines virtuelles de Dassault Systèmes.
Les places de marché et les brokers : Ils aident les éditeurs à mettre en ligne leurs applications et proposent aux utilisateurs une sélection de logiciels payés via une facture unique. Ils effectuent aussi des tâches techniques comme l’orchestration (l’utilisation simultanée de deux logiciels pour remplir une fonction unique), le provisioning (mise à disposition dès la souscription), etc. Orange Business Services propose, par exemple, une offre « Cloud Pro », Salesforce a créé de son côté AppExchange qui, sur le modèle de l’App Store d’Apple, offre aux développeurs des outils propriétaires pour diffuser leurs applications.

 

Les six points clés:

  1. Cerner ses besoins : S’agit-il d’améliorer les outils des collaborateurs ? On évaluera alors la performance de ceux disponibles en SaaS par rapport aux logiciels traditionnels. Est-il prévu de mener un projet de développement ponctuel ? On louera alors des capacités PaaS. Les infrastructures se révèlent-elles anciennes ou insuffisantes ? Il sera alors judicieux d’envisager le passage au cloud public (IaaS) ou privé.
  2. Choisir sa sécurité : Selon le degré souhaité, on optera plutôt pour des infrastructures traditionnelles « On Premise » (sur site), un cloud privé interne, un cloud privé externalisé, ou le cloud public. Pour les clouds externes, des normes de sécurité existent (ISO 27 000).
  3. Sélectionner son data center : Pour échapper au Patriot Act, mieux vaut éviter les data centers américains. A moins que les données ne soient pas jugées confidentielles.
  4. Déterminer les droits d’accès : Il s’agit moins de sécuriser les réseaux informatiques internes que de gérer les droits d’accès de chacun aux différentes applications. Exactement comme le contrôle d’accès physique : tous les locaux d’une entreprise ne sont pas forcément accessibles à tous.
  5. Contrôler ses connexions : Bien dimensionner ses accès au réseau est indispensable. Pour les petites entreprises, cela signifie souvent passer à la fibre optique.
  6. Veiller à la réversibilité : L’entreprise doit, par contrat, prévoir de pouvoir rapatrier les données la concernant en cas de changement de fournisseur ou de faillite de ce dernier.
 
Julie Olivier, pour Enjeux Les Echos

En savoir plus sur http://www.lesechos.fr/enjeux/business-stories/management/0203815572437-...

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Commentaires (1)

  • anon

    Je travaille pour l'entreprise http://Www.babeau-seguin.Fr Est il possible d'en savoir plus sur le cout de vos solutions.

    avr 01, 2015

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