Cloud : comment Google défie Amazon et Microsoft

Si l'affrontement Google Apps vs Microsoft Office 365 fait la une de l'actualité, Google avance ses pions sur toutes les couches infrastructures du Cloud.

 
Amazon Web Services est le leader pour l'instant incontesté sur le marché des services Cloud, mais ses concurrents Microsoft avec Azure et Google ne comptent pas le laisser dominer le marché des infrastructures Cloud plus longtemps. 
Google, en retrait jusqu'en 2012, s'est enfin doté d'une offre de cloud d'infrastructure (IaaS) digne de ce nom, et se montre aujourd'hui très agressif sur les tarifs. Son offre de cloud de plateforme (PaaS), longtemps cantonnée aux applications Python et Java, s'est ouverte à d'autres langages. 
Avec la révolution apportée par les containers Docker dans la façon de déployer les applications, la guerre des Cloud va bel et bien se généraliser. Amazon n'a qu'à bien se tenir. Google dispose de l'infrastructure, des compétences internes et désormais de la volonté de prendre ce marché.
 

L'offre Saas : les Google Apps en produit d'appel

 
Les annonces de contrats de dizaines de milliers d'utilisateurs se succèdent entre Office 365 et Google Apps. L'enjeu est de taille. Google entre bien souvent dans les DSI via son offre bureautique dans le cloud.
Avec ses Google Apps, Google cherche à détrôner la suite Office auprès des utilisateurs en entreprise. S'il existe de multiples suites bureautiques en mode cloud comme Zoho Office, CloudOn ou celle du coréen ThinkFree Online, le choix des DSI français oscille bien souvent entre les Google Apps, Office 365 et, plus rarement, le SmartCloud d'IBM. L'offre Google Apps for Work s'appuie sur la messagerie Gmail, les communications instantanées Hangouts, Google Agenda, Drive pour le stockage des fichiers, et le réseau social Google+. 
Au chapitre des applications, l'utilisateur dispose du traitement de texte Docs, du tableur Sheets, de la solution de présentation Slides, de Forms pour créer des formulaires en ligne. Signalons enfin la présence dans Google Apps for Works de Google Sites, une solution de création de sites web. Un moyen pour les utilisateurs de créer leur blog ou pour les chefs de projet de créer un site dédié à leur projet.
Si, par rapport aux logiciels de la suite Office, certaines applications de Google peuvent sembler frustres, leur couverture fonctionnelle reste suffisamment large pour couvrir les besoins d'une vaste majorité des utilisateurs en entreprise. De plus, l'argument de l'impossibilité de travailler sans connexion Internet, notamment pendant les voyages en train ou en avion, a été levé depuis que l'application Google Drive dispose d'un mode hors-connexion.
Enfin, Google propose aux abonnés Google Apps for Work une solution de stockage complémentaire à Drive. Baptisée Vault, elle permet de stocker tout document, fichier, e-mail... en fixant éventuellement une durée de conservation aux contenus et en disposant de fonctions de recherche conformes aux exigences juridiques (eDiscovery).
 
En termes de facturation, Google privilégie la simplicité
En termes de facturation, Google privilégie une certaine simplicité comparé à son rival Microsoft. Le californien n'a que deux forfaits à son catalogue. L'abonnement Google Apps de base est facturé 4 euros HT par utilisateur et par mois, avec une limite de 30 Go de stockage par utilisateur. Un tarif fixe que l'on peut ramener à 40 euros par an et par utilisateur en optant pour le forfait annuel. L'offre illimitée, qui inclut Vault, est facturée 8 euros par mois et par utilisateur. Outre l'espace de stockage théoriquement illimité (en fait seulement 1 To par utilisateur pour les entreprises ayant souscrits pour moins de 5 comptes), le forfait Google Apps for Work illimité donne accès à des fonctions d'administration et d'audit plus avancées pour les comptes Drive. Dans tous les cas, l'assistance 24/7 est incluse.
Face aux Google Apps for Work, Microsoft a choisi de segmenter plus finement son offre Office 365, quitte à perdre en lisibilité. Office 365 Business est ainsi décliné en 3 forfaits Business Essentials, Business et Business Premium, à respectivement 3,80 euros, 8,80 euros et 9,60 euros par utilisateur et par mois. Le premier forfait ne donne pas accès aux versions PC, tablette et smartphone de la suite Office. Au-delà de 300 utilisateurs, l'entreprise doit choisir son offre dans la gamme Entreprise qui compte, elle-aussi 3 types de forfait allant de 6,10 euros par mois et par utilisateur à 18,20 euros pour le forfait E3 (le haut de gamme Microsoft qui inclut notamment le décisionnel en libre-service. Il n'existe pas au catalogue Google).
L'offre SaaS de Google s'arrête à ces seules offres Google Apps, alors que le catalogue Microsoft est bien plus large. Il s'étend au décisionnel, Microsoft CRM Online ou encore Microsoft Dynamics AX 2012 qui peut être déployé sur Microsoft Azure.
 

Google reste un challenger sur le marché IaaS

 
Venu tard sur le marché des Infrastructure as a Service, Google a rapidement mis en place une offre riche et aux tarifs très agressifs.
Tout comme sur les offres bureautiques, Google fait face à Microsoft sur le marché des Infrastructures as a service (Iaas), mais aussi face au leader Amazon Web Services, ainsi que Rackspace ou encore IBM/Softlayer. En ne lançant son offre Compute Engine qu'en 2012, Google est le dernier arrivé parmi ces leaders et tient encore clairement un rôle de challenger sur ce marché très disputé.
Google a mis en place une offre d'hébergement de machines virtuelles facturée à la minute, mais avec un minimum de 10 minutes facturées. L'entrée de gamme du catalogue Compute Engine, ce sont ce que Google appelle les instances à cœur partagé. Le format micro n'offre que 600 Ko de RAM, contre 1,7 Go pour le format small, au prix de 0,014 et 0,0385 dollars de l'heure pour un hébergement en Europe. Les usages sont donc restreints à des applications très légères. En revanche, Google accorde une réduction automatique de 30% de ces tarifs dès qu'on dépasse les 25% du temps de facturation. Un mode de tarification qui favorise les utilisations prolongées. A titre de comparaison, la plus petite instance exécutable sur Amazon Web Services, baptisée t2.micro, est facturée 0,013 dollars de l'heure.
 
Une très large gamme de puissances
Pour les besoins plus exigeants en termes de puissance processeur ou capacité mémoire, Google propose globalement 3 classes d'instances avec, pour chaque classe, 4 ou 5 niveaux de puissance distincts. Pour les instances standards, on peut disposer de 1 à 16 cœurs virtuels de processeur, une RAM allant de 3,75 Go à 60 Go. Une très large gamme de puissances. Le prix pratiqué pour un hébergement en Europe varie alors de 0,077 dollars par heure à 1,232 dollars. L'instance la plus proche de cette configuration à 16 cœurs, 60 Go de RAM, l'instance c3.4xlarge est facturée 0956 dollars chez Amazon, et l'instance A9 de Microsoft Azure est proposée 3,6491 euros de l'heure mais la comparaison directe reste difficile car les volumes mémoire sont différents et de multiples frais annexes, notamment liés au trafic réseau viennent brouiller les estimations. Enfin, Google propose 4 types d'instances dans une classe "Haute capacité de mémoire" et 4 de plus dans la classe "Haute capacité de calcul".
L'offre IaaS de Google n'est réellement compétitive que depuis la spectaculaire baisse de prix du mois de mars dernier. Google rivalise désormais en termes de tarification avec Amazon Web Services en dépit des fréquentes baisses de ce dernier, et ses offres Compute Engine ne sont plus limitées aux seules instances Linux, mais accepte maintenant des machines virtuelles Windows Server. Google ne compte pas laisser Amazon et Microsoft se partager le marché du IaaS, et s'est donné les moyens de ses ambitions.
 

Le PaaS, le cœur de l'offre Google

 
Google avance à pas comptés sur le marché du Platform as a Service. Avec Python dans un premier temps, puis Java, Go et enfin PHP, le cloud de Google est capable d'accueillir de plus en plus d'applications.
 
Aux côtés des Google Apps, l'offre Platform as a Service (PaaS) App Engine constitue le cœur de l'offre de cloud de Google. Initialement positionnée sur l'hébergement d'applications Python, cette s'est peu à peu élargie à Java, puis Go, et enfin PHP avec une implémentation qui en est toujours au stade expérimental. L'offre Google concurrence celle d'Heroku, la plateforme de PaaS de Salesforce qui peut exécuter des applications Ruby, Node.js, Python, Java et PHP. Mais le grand rival de Google sur ce marché reste Azure. Le cloud de Microsoft peut exécuter des applications ASP.Net, Java, PHP, Node.js et Python. En termes de stockage de données d'application, Google propose Cloud SQL, une base de données NoSQL ou MySQL.
 
La gratuité en deçà d'un certain seuil
Google facture App Engine à la consommation, au-delà de quotas d'utilisation quotidiens établis par application. Chaque jour, l'application a droit à 28 heures d'utilisation d'instance, 50 000 opérations de lecture et d'écriture dans Cloud Datastore, de 1 Go de trafic réseau entrant, le même quota de trafic sortant, ou encore 5 Go de stockage. Si l'application dépasse ces limites, il en coute 0,05 dollars par instance et heure de dépassement, 0,06 dollars par tranche de 100 000 opérations dans la base de données, 0,12 dollars par Go de trafic réseau sortant, etc. Cette notion de quota séduit notamment les start-up qui sont en début d'activité. Les premières semaines voire les premiers mois d'exploitation seront gratuits, tant que l'activité du site n'entraine pas de déplacement de quota. Une astuce tarifaire qui attire vers Google beaucoup de nouveaux sites. 
Néanmoins, passé cet effet d'aubaine, il reste difficile de comparer point par point ces tarifs avec ceux d'Azure. Microsoft a aussi mis en place une offre gratuite limitée à 10 sites, 10 Go de stockage et 165 Mo de trafic réseau sortant. Au-delà, il faut opter soit pour le niveau partagé (qui correspond à un hébergement mutualisé), ou ceux de base ou standard. Le tarif varie ensuite en fonction de la puissance d'instance choisie puis du volume de stockage, sachant que Microsoft ne facture pas le trafic sortant.
 

Les services Cloud à valeur ajoutée

 
Aux côtés des services cloud de base, les opérateurs de cloud différencient leurs services avec des applications packagées. Un moyen de créer de la valeur ajoutée et de fidéliser leurs clients sur un marché qui s'annonce très volatil. 
Face à l'hébergement de machines virtuelles, le stockage des données et l'exécution d'applications, les grands services de cloud s'affrontent aujourd'hui sur un certain nombre de services complémentaires très spécialisés. Parmi ceux-ci, il y a les services liés au réseau comme les caches, les dispositifs d'équilibrage de charge, les réseaux virtuels (VPN)... Des composants rapidement indispensables lorsqu'une entreprise veut migrer une partie de son infrastructure dans le cloud. 
Sur ce plan, Google n'a pas encore d'offre équivalente aux réseaux privés virtuels d'Amazon VPC (Virtual Private Cloud). Reste que Google travaille activement sur ce point. En novembre, il a annoncé Google Cloud Interconnect. Ce service repose sur un backbone avec 70 points de présence dans 33 pays, ainsi que des connexions vers plusieurs fournisseurs de data centers (dont Equinix et Level 3). Google a annoncé que Cloud Interconnect serait complété d'un dispositif de connexion par VPN dans les prochains mois. 
La guerre du Big Data en mode cloud
Le Big Data est un autre terrain s'affrontement majeur pour les opérateurs de Cloud. Google propose aux entreprises qui voudraient analyser de grands volumes de données plusieurs services sur son infrastructure Cloud. Le service le plus connu est probablement BigQuery. C'est un outil de recherche qui travaille en asynchrone sur les données stockées sur Google Cloud Storage et qui traite des requêtes SQL. Google annonce pouvoir traiter les données au rythme de 100 000 lignes d'enregistrement par seconde. L'insertion des données est facturée 0,026 dollars par mois et par Go, et les flux, actuellement gratuits, seront facturés 0,01 dollars toutes les 100 000 lignes. Les requêtes sont ensuite facturées 5 dollars par To traité au-delà du premier To qui est gratuit. 
Face à Google, Microsoft est très avancé avec son offre HDInsight. Pour les entreprises qui préfèrent gérer elles-mêmes leur cluster Hadoop, Google propose un SDK qui permet l'exécution d'Apache Hadoop sur sa plateforme Cloud avec un accès direct aux données stockées dans Google Cloud Storage, Google BigQuery et Google Cloud Datastore. 
Face à Google, Microsoft est très avancé avec son offre HDInsight. L'éditeur a notamment imaginé des scénarios hybrides grâce à l'intégration d'Hortonworks Data Platform. Objectif : panacher des traitements entre un cluster Hadoop interne et HDInsight pour faire du "Cloud Bursting" par exemple. Autre atout de l'offre Azure, l'intégration avec Excel qui permet de visualiser les données Hadoop directement dans le tableur. 
Amazon dispose bien évidemment de services Big Data. Amazon Elastic MapReduce permet de mettre en place des clusters de calcul très rapidement. Outre la distribution Hadoop d'Amazon, il est possible d'opter pour celle de MapR dont l'édition M7 est directement disponible dans le cloud Amazon. Avec Hadoop, Amazon Web Services propose Amazon Kinesis pour les traitements en temps réel ou encore Amazon Redshift, son datawarehouse la demande. A noter que Google propose quelques API comme la Prediction API pour appliquer des algorithmes prédictifs sur les données de BigQuery, ou encore la Translate API pour gérer la traduction automatique.
 
Google a décidé de faire profiter ses clients de ses technologies internes. Cette stratégie avait été amorcée il y a plusieurs années avec Google App Engine (GAE), mais sans grand succès car la technologie était pour le moins avant-gardiste et fut peu appréciée des développeurs. Mais elle cachait déjà des éléments intéressants qui reviennent sur le devant de la scène aujourd'hui avec l'offre Google Cloud Platfom (GCP). Tout d'abord la vision globale et intégrée de l'offre couvrant IaaS, PaaS et SaaS, l'innovation technologique, ensuite la qualité (avec la continuité du service) et la performance. 
 
Google Cloud : Une offre intégrée
Lorsque l'intégration et la cohérence du système d'information constitue le casse-tête du DSI, Google Cloud Platform lui apporte une solution où l'intégration fonctionnelle, applicative, technique et d'infrastructure est "précablée". Pour l'utilisateur, cette intégration se voit par une gestion globale de la sécurité (compte/droits), les applications bureautiques, le développement d'applications spécifiques sur GAE, l'usage de VM ou de containers Docker sur Google Compute Engine, le stockage massif de données (objet, SQL, noSQL) et un outil de BI. La vision de Google est de nous offrir ainsi toute une palette de services qui sont combinables à souhait, avec partage et échange de données entre services. En laissant l'opportunité d'innovation métier et technique vis-à-vis du client, GCP satisfait quasiment toutes les stratégies IT.
 
Un souffle d'innovation technologique sur le DevOps
Google affirme sa génétique de "Géant du Web" en poussant le DevOps via notamment le support de containers Docker. Cette offre change la manière de concevoir et de déployer les applications. De plus, elle réduit l'empreinte mémoire et CPU ce qui améliore les coûts. Google propose également le projet open source Kubernetes pour l'orchestration du déploiement et du support au "run" des containers. L'avantage majeur est le "zero lock in" dû à la portabilité des images Docker. En jouant une telle carte, Google offre une réversibilité totale sur GCE (Google Compute Engine).
 
La qualité et la continuité de service de l'infrastructure de Google
GCP bénéficie des patterns d'architecture technique résiliente de Google. Cela couvre le calcul, mais également le stockage et le réseau aussi bien dans le data center qu'entre data centers. Le client peut ainsi bénéficier de bandes passantes élevées tant en WAN qu'en LAN. Google propose également des communications réseau haut débit et dédiées avec les grands opérateurs du cloud pour assurer les échanges de données entre silos d'exploitation (dans les deux sens).
GCP dispose d'un outil de calcul prévisionnel de la facture, indispensable à toute évaluation sérieuse de la plateforme. Notre expérience montre qu'il est utile de faire une maquette (ou POC) sur laquelle on peut faire des tirs de performance et d'usage pour avoir une prévision réaliste des coûts. 
 
Attention à la réversibilité
La réversibilité est pour beaucoup de DSI un élément fondamental de choix de solutions et prestataires. Plus on monte dans les couches de service, plus la réversibilité s'amenuise. L'intégration d'un certain point de vue avantageuse entre SaaS (bureautique), PaaS et IaaS présente cependant l'inconvénient d'un verrouillage supérieur. Le IaaS offre toutefois une réversibilité très convaincante avec Docker.
 
En conclusion, Google Cloud Platform est une offre très vaste, offrant nombre de facettes utiles à l'informatique d'entreprise tout en faisant bénéficier des dernières innovations. Ce qui la différencie vraiment est l'écosystème intégré SaaS, PaaS, IaaS en haute résilience, au prix d'une réversibilité variable, suivant l'usage.
 
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